Normes acoustiques

NF ISO 22955 : la norme acoustique de référence pour les open spaces

Publiée en 2021, la NF ISO 22955 définit les niveaux de performance acoustique attendus dans les bureaux ouverts. Catégories d'espaces, indicateurs mesurables, méthodes de mesure et seuils — le guide complet pour comprendre et appliquer la norme.

Mis à jour : avril 2026 ⏱ 11 min de lecture
open space avec mesure du niveau sonore selon la norme NF ISO 22955
⚡ Réponse rapide

La NF ISO 22955 est la norme acoustique de référence pour les bureaux ouverts depuis 2021. Elle classe les open spaces en 6 catégories (A à F) selon l'activité dominante et fixe des seuils mesurables pour le temps de réverbération (T60), la distance de distraction (rD), la décroissance spatiale du son (D2,S) et le niveau sonore équivalent normalisé (Lp,A,S,4m). Pour un open space en catégorie A (concentration), elle vise rD ≤ 5 m, D2,S ≥ 7 dB et T60 ≤ 0,5 s. La norme est performantielle, non obligatoire mais incontournable dans les projets tertiaires sérieux et les certifications (HQE, BREEAM, WELL).

Si vous avez déjà discuté d'un projet d'aménagement tertiaire avec un architecte, un acousticien ou un maître d'œuvre, vous avez probablement entendu parler de la NF ISO 22955. Publiée en septembre 2021, cette norme française et internationale est devenue en quelques années la référence implicite pour évaluer la qualité acoustique d'un open space. Elle est citée dans les CCTP (Cahiers des Clauses Techniques Particulières), les chartes d'aménagement des grands groupes, et dans les certifications de bâtiments tertiaires.

Ce guide explique en détail ce que contient la norme, comment elle se traduit concrètement sur un projet d'open space et comment savoir si votre espace est conforme. Il complète notre guide pilier Réduire le bruit en open space, qui couvre l'ensemble des solutions disponibles pour atteindre les seuils que cette norme fixe.

Origine et statut de la norme NF ISO 22955

La NF ISO 22955:2021 — titre complet : « Acoustique — Qualité acoustique des espaces de bureaux ouverts » — est née d'un constat partagé : la norme française historique NF S31-080 (2006) n'était pas adaptée aux nouvelles configurations d'open spaces, plateaux flexibles et flex offices apparus dans les années 2010.

Le projet a été porté par AFNOR au niveau international via l'ISO (Organisation internationale de normalisation), avec la France comme pays leader. La norme a été publiée par l'ISO en novembre 2020, puis reprise au niveau français sous le code NF ISO 22955 en septembre 2021. Elle est référencée dans le catalogue AFNOR et applicable aux projets neufs comme aux rénovations d'espaces tertiaires.

Statut juridique : recommandée, pas obligatoire

La NF ISO 22955 est une norme volontaire au sens du droit français. Elle n'est pas inscrite au Code du travail et son non-respect ne constitue pas une infraction. En revanche, elle a une portée contractuelle considérable :

  • CCTP : la quasi-totalité des cahiers des charges d'aménagement tertiaire la mentionnent depuis 2022
  • Certifications : HQE Tertiaire, BREEAM, WELL et Osmoz exigent une démarche acoustique conforme à la NF ISO 22955 (avec des seuils spécifiques selon la certification)
  • Responsabilité civile professionnelle : un architecte ou un maître d'œuvre qui livre un open space sans démarche conforme à l'état de l'art (donc à la NF ISO 22955) s'expose à un recours du maître d'ouvrage
  • Code du travail : indirectement, l'obligation de sécurité de l'employeur (article L4121-1) peut être invoquée pour des conditions acoustiques très éloignées de la norme
💡 À retenir

La NF ISO 22955 est non obligatoire au sens réglementaire, mais incontournable en pratique. Un projet d'open space sans référence à cette norme est aujourd'hui considéré comme une livraison non conforme à l'état de l'art.

Les 6 catégories d'espaces définies par la norme

L'innovation principale de la NF ISO 22955 est de distinguer 6 catégories d'espaces selon l'activité dominante. Cette approche reconnaît qu'un call-center, un plateau de développement informatique et une rédaction journalistique n'ont pas les mêmes besoins acoustiques.

Catégorie Activité dominante Exemples
A Activités sans communication entre postes (concentration) Plateaux R&D, dev, rédaction, analyse de données
B Activités avec collaboration occasionnelle (≤ 30 % du temps) Bureaux fonctions support, marketing, finance
C Activités avec communication fréquente entre postes Call-centers atténués, équipes commerciales, support technique
D Espaces partagés avec activités diverses (flex office) Flex offices, espaces de coworking, plateaux mixtes
E Espaces de travail avec accueil de public Banques, agences, espaces commerciaux avec postes de travail
F Espaces non bureaux mais attenants Circulations, zones de pause, espaces café/cafétéria

Cette catégorisation a une conséquence pratique majeure : les seuils acoustiques varient selon la catégorie. Un plateau R&D (catégorie A) doit viser un T60 plus bas et une distance de distraction plus courte qu'un call-center (catégorie C). Inversement, exiger les performances de catégorie A dans un espace mixte (catégorie D) serait sur-dimensionnant et coûteux.

Avant tout projet, la première décision est donc d'identifier la catégorie cible. Cela implique un dialogue avec le client : quelles activités, quelle proportion de communication entre postes, quelle exigence de confidentialité ?

Les indicateurs clés mesurés

La NF ISO 22955 retient quatre indicateurs principaux, tous mesurables in situ par un acousticien équipé.

1. T60 — Temps de réverbération

Le T60 est le temps que met un son pour décroître de 60 dB après l'arrêt de la source sonore. C'est l'indicateur historique de l'acoustique d'un local. Plus il est élevé, plus la pièce est réverbérante, plus le bruit s'accumule. Pour comprendre le T60 en détail, voir notre glossaire acoustique (αw, NRC, Rw, Sabine).

Cibles selon la catégorie :

  • Catégorie A : T60 ≤ 0,5 s (idéal 0,4 s)
  • Catégorie B : T60 ≤ 0,6 s
  • Catégorie C : T60 ≤ 0,7 s
  • Catégorie D et au-delà : T60 ≤ 0,8 s

2. rD — Distance de distraction

C'est l'indicateur le plus original de la norme. La distance de distraction est la distance au-delà de laquelle une conversation devient inintelligible (indice STI < 0,50). Au-delà de rD, votre cerveau ne peut plus comprendre les paroles environnantes, donc elles ne perturbent plus votre concentration.

Dans un open space non traité, rD dépasse souvent 12 à 15 mètres — autrement dit, presque tout le plateau perturbe chaque salarié. Avec un traitement acoustique correct, rD descend à 4–6 mètres.

Cibles :

  • Catégorie A : rD ≤ 5 m
  • Catégorie B : rD ≤ 8 m
  • Catégorie C : rD ≤ 10 m (cible relâchée car la communication est attendue)

3. D2,S — Décroissance spatiale du son par doublement de distance

Le D2,S mesure de combien de décibels le niveau sonore baisse quand on double la distance à la source. Dans un champ libre théorique, on perd 6 dB par doublement de distance. Dans un open space mal traité, on perd seulement 2–3 dB — autrement dit, la voix « porte » deux fois plus loin que dans un champ libre.

Cibles :

  • Catégorie A : D2,S ≥ 7 dB
  • Catégorie B : D2,S ≥ 6 dB
  • Catégorie C : D2,S ≥ 5 dB

4. Lp,A,S,4m — Niveau sonore normalisé

Niveau de pression acoustique pondéré A à 4 mètres de la source, exprimé en dB(A). Cet indicateur permet de quantifier le niveau résiduel d'une voix à distance utile en open space (4 m correspond à la distance moyenne entre clusters de postes).

Cibles :

  • Catégorie A : Lp,A,S,4m ≤ 48 dB(A)
  • Catégorie B : Lp,A,S,4m ≤ 50 dB(A)
  • Catégorie C : Lp,A,S,4m ≤ 52 dB(A)

Pour comparer ces seuils aux niveaux mesurés en open space réel : Niveau sonore en open space : normes et valeurs de référence.

NF ISO 22955 vs NF S31-080 : la différence

Beaucoup de professionnels confondent encore les deux normes. Voici la distinction claire.

Critère NF S31-080 (2006) NF ISO 22955 (2021)
Périmètre Tous types d'espaces tertiaires Bureaux ouverts spécifiquement
Approche Par type de pièce (bureau cellulaire, open space, salle de réunion…) Par catégorie d'activité (A à F)
Indicateurs principaux T60, niveau de bruit de fond T60, rD, D2,S, Lp,A,S,4m
Distance de distraction Non définie Indicateur central
Statut Toujours en vigueur Référence depuis 2021
Usage actuel Bureaux fermés, salles de réunion Open spaces, flex offices

En pratique, les deux normes sont complémentaires : NF S31-080 reste la référence pour les bureaux fermés et les espaces tertiaires classiques, NF ISO 22955 est la nouvelle référence pour les plateaux ouverts. Un projet d'aménagement tertiaire moderne mobilise souvent les deux.

Évaluer la conformité de votre open space

Trois niveaux de diagnostic, du plus rapide au plus complet :

Niveau 1 — Auto-évaluation (gratuit, 30 min)

Avec un sonomètre ou une application smartphone (Decibel X, NIOSH SLM), mesurez le niveau sonore moyen sur 1 heure en milieu de matinée. Au-delà de 55 dB(A) en bruit de fond actif, il y a une probabilité forte de non-conformité. Vous pouvez aussi vérifier visuellement les surfaces réfléchissantes (plafond béton, vitrages, sol dur) — c'est le marqueur d'un T60 élevé.

Niveau 2 — Pré-diagnostic (gratuit ou ≤ 500 €)

Notre outil de diagnostic acoustique gratuit donne une première lecture en 5 questions, avec retour expert sous 48 h. Pour un avis plus poussé, certains acousticiens proposent des pré-diagnostics à 300–500 € incluant 2 heures sur site et un rapport synthétique.

Niveau 3 — Mesure professionnelle conforme NF ISO 22955 (1 500–5 000 €)

Un acousticien équipé d'un sonomètre de classe 1 et d'un haut-parleur omnidirectionnel mesure :

  • Le T60 par bande d'octave (250 Hz à 4 kHz)
  • La courbe de décroissance spatiale (D2,S) sur un transect de 10 à 20 m
  • La distance de distraction (rD) à partir d'un calcul STI
  • Le niveau sonore normalisé Lp,A,S,4m

Le rapport compare les valeurs mesurées aux seuils de la catégorie cible et liste les écarts. C'est la base de tout projet de traitement acoustique sérieux. Voir aussi : Traitement acoustique en open space : la méthode complète.

Méthode de mesure normalisée

La NF ISO 22955 décrit précisément le protocole de mesure pour assurer la reproductibilité. Les points clés :

  • Source sonore : un haut-parleur omnidirectionnel calibré, placé à hauteur de la bouche d'un locuteur assis (1,2 m du sol), émettant un bruit rose ou un signal MLS à 75 dB(A).
  • Microphones : sonomètre classe 1 (précision ±0,5 dB) placé à 1,2 m du sol, à des distances multiples de la source (1 m, 2 m, 4 m, 8 m, 16 m).
  • Conditions de mesure : open space vide ou avec mobilier mais sans occupants ; ventilation et climatisation à régime nominal mais sans activité humaine.
  • Bandes de fréquence : mesure par bande d'octave de 125 Hz à 4 kHz, conforme à la NF EN ISO 3382-3 (méthode de référence pour les paramètres acoustiques des bureaux ouverts).

Cette rigueur méthodologique distingue une vraie mesure conforme NF ISO 22955 d'un simple relevé sonomètre — et explique le coût (1 500 à 5 000 €) d'un audit professionnel.

Limites et critiques de la norme

La NF ISO 22955 est un progrès majeur, mais elle a aussi ses limites identifiées par les acousticiens et les ergonomes.

1. Mesure dans des conditions « salle vide »

Les mesures se font sans occupants, donc sans la principale source de bruit réel : les conversations. La conformité in vitro ne garantit pas le confort in vivo. Certains acousticiens recommandent des mesures complémentaires en activité, mais ce n'est pas standardisé.

2. Subjectivité de la catégorisation

Affecter une catégorie (A à F) à un espace ouvert mixte est souvent un compromis. Un plateau commercial avec 60 % d'appels et 40 % de rédaction ne rentre dans aucune case « pure » — l'acousticien arbitre, parfois au détriment de la concentration.

3. Pas de prise en compte de l'effet Lombard

L'effet Lombard — réflexe d'élévation de la voix dans le bruit — est mentionné dans le préambule de la norme mais pas modélisé dans les seuils. Or c'est un facteur d'amplification majeur en open space.

4. Coût d'application

Pour atteindre les seuils de catégorie A, le surcoût d'aménagement peut atteindre 200–400 €/m² par rapport à un aménagement standard. Tous les maîtres d'ouvrage n'ont pas les moyens — ce qui crée une fracture entre projets premium conformes et projets contraints qui ignorent la norme.

Cas pratique : un open space conforme catégorie A

Pour rendre la norme concrète, voici un exemple chiffré d'open space type que nous avons reconstitué à partir de cas publiés et de retours terrain.

Contexte : plateau R&D de 200 m², hauteur sous plafond 2,8 m, 24 postes de travail, sol béton, plafond technique métal apparent, parois vitrées sur deux côtés. Activité : développement logiciel, rédaction technique. Catégorie cible : A (concentration).

État initial mesuré :

  • T60 = 1,4 s (cible ≤ 0,5 s)
  • rD = 13 m (cible ≤ 5 m)
  • D2,S = 2,8 dB (cible ≥ 7 dB)
  • Lp,A,S,4m = 56 dB(A) (cible ≤ 48 dB(A))

Solutions déployées :

  • Pose d'un faux plafond acoustique sur 80 % de la surface, dalles laine de roche NRC 0,90 (voir guide plafond acoustique)
  • Panneaux muraux absorbants tissu sur les vitrages opaques (αw 0,85), 30 % de couverture des parois
  • Cloisons acoustiques entre clusters de 6 postes, hauteur 1,80 m, NRC 0,75
  • 3 cabines acoustiques pour les appels et la concentration intense
  • Tapis acoustique sur 50 % du sol

Résultat après mesure de réception :

  • T60 = 0,42 s ✅
  • rD = 4,8 m ✅
  • D2,S = 7,4 dB ✅
  • Lp,A,S,4m = 47 dB(A) ✅

Budget total : ~ 95 000 € (475 €/m² ou 4 000 €/poste) — cohérent avec un projet conforme catégorie A.

Cet exemple illustre que la conformité NF ISO 22955 est atteignable, mais qu'elle nécessite une approche multi-leviers (plafond + parois + cloisons + cabines) et un budget significatif. Pour les projets à budget contraint, voir notre guide Réduire le bruit au bureau sans travaux.

Questions fréquentes

La NF ISO 22955 (2021) est la norme acoustique de référence pour les bureaux ouverts. Elle définit la qualité acoustique attendue selon 6 catégories d'espaces (A à F) et fixe des objectifs mesurables pour le T60, la distance de distraction (rD), la décroissance spatiale du son (D2,S) et le niveau sonore équivalent normalisé. Elle remplace progressivement l'ancienne NF S31-080 dans les projets neufs et les rénovations.

Non, la NF ISO 22955 n'est pas obligatoire au sens réglementaire — elle n'est pas inscrite dans le Code du travail. Mais elle est devenue la référence contractuelle dans les projets d'aménagement tertiaire, les CCTP des grands groupes et les certifications HQE, BREEAM, WELL. Un projet d'open space sans référence à la NF ISO 22955 est aujourd'hui considéré comme non conforme à l'état de l'art.

A : activités sans communication (concentration, R&D). B : collaboration occasionnelle (fonctions support). C : communication fréquente (call-centers atténués). D : espaces partagés à activités diverses (flex office). E : travail avec accueil de public. F : espaces non bureaux mais attenants (circulation, pause). Chaque catégorie a ses propres seuils.

La NF S31-080 (2006) reste valable pour les bureaux fermés et espaces tertiaires classiques. La NF ISO 22955 (2021) est plus récente et spécifiquement conçue pour les bureaux ouverts : elle introduit des indicateurs propres au plateau ouvert comme la distance de distraction (rD) et la décroissance spatiale (D2,S). En pratique, NF S31-080 pour les bureaux cellulaires, NF ISO 22955 pour les open spaces.

Trois niveaux : (1) auto-évaluation au sonomètre — au-delà de 55 dB(A) la non-conformité est probable ; (2) pré-diagnostic via notre outil gratuit ou un acousticien (300–500 €) ; (3) mesure professionnelle conforme NF ISO 22955 (1 500–5 000 €) qui mesure T60, rD, D2,S et Lp,A,S,4m sur la base du protocole NF EN ISO 3382-3.

Pour la catégorie A (concentration), rD ≤ 5 m. Pour la catégorie B (collaboration occasionnelle), rD ≤ 8 m. Pour la catégorie C (communication fréquente), rD ≤ 10 m est acceptable. Dans un open space non traité, rD dépasse souvent 12 à 15 m.

Non. La norme est performantielle, pas prescriptive : elle fixe des objectifs mesurables sans imposer de matériau. C'est au concepteur de choisir les solutions — plafond absorbant, panneaux muraux, cloisons, masquage sonore — qui permettent d'atteindre les seuils. Cela laisse de la liberté de conception, mais impose un vrai dimensionnement par calcul.