Réponse rapide
L'open space est bruyant pour quatre raisons principales : les surfaces dures qui réfléchissent le son (réverbération), l'absence de cloisons qui laisse le son se propager librement, la densité d'occupation qui multiplie les sources sonores, et l'effet Lombard qui pousse chacun à parler plus fort quand le bruit de fond augmente. Résultat : un niveau de bruit moyen de 55 à 70 dB(A), bien au-dessus du seuil de confort pour le travail intellectuel.
Le problème de l'open space n'est pas que les gens sont bruyants. C'est que l'espace est conçu de manière à amplifier et propager chaque son. Les mêmes personnes dans un bureau bien traité acoustiquement seraient nettement moins dérangeantes.
La réverbération : l'ennemi n°1
La réverbération est le phénomène de persistance du son dans un espace après que la source a cessé d'émettre. Dans un open space typique, les grandes surfaces lisses — sol dur, plafond technique, murs vitrés, mobilier en stratifié — réfléchissent les ondes sonores. Chaque son rebondit des dizaines de fois avant de s'éteindre.
Concrètement, un mot prononcé dans un bureau avec un temps de réverbération (TR) de 1,2 seconde reste audible bien plus longtemps que dans un espace traité (TR cible : 0,6 seconde, conformément à la norme NF S31-080). Cette persistance brouille les sons, augmente le niveau global et rend les échanges confus, ce qui pousse les gens à parler encore plus fort.
Les matériaux en cause
Les principaux coupables sont les matériaux durs et lisses : béton apparent, verre (baies vitrées, cloisons vitrées), carrelage, dalles de faux plafond non absorbantes, mélaminé des bureaux et rangements, métal des structures et luminaires. Un open space avec 80 % de surfaces réfléchissantes est un piège acoustique.
La propagation libre du son
L'open space, par définition, élimine les obstacles physiques au son. Dans un bureau cloisonné, une conversation est contenue par les murs de la pièce. En open space, le son se propage sans atténuation sur des distances considérables.
Un son perd environ 6 dB chaque fois que la distance à la source double (en champ libre). Mais dans un espace réverbérant, cette atténuation est bien moindre car le son réfléchi compense la perte. Dans un mauvais open space, la décroissance peut n'être que de 2 à 3 dB par doublement de distance. Concrètement : une conversation à 10 mètres reste presque aussi audible qu'à 3 mètres.
Dans un open space non traité, la distance de distraction (distance au-delà de laquelle une conversation n'est plus gênante) peut dépasser 15 mètres — un constat documenté par Kim & de Dear (2013). Dans un espace bien traité, elle tombe sous les 5 mètres.
L'effet Lombard : le cercle vicieux
L'effet Lombard est un réflexe involontaire : quand le bruit ambiant augmente, nous élevons automatiquement la voix pour rester intelligibles. En open space, cela crée une escalade sonore.
Le matin, quand le bureau est calme (45 dB), les premières conversations se tiennent à volume normal (60 dB à 1 mètre). Quand le bureau se remplit, le bruit de fond monte (50-55 dB). Chacun parle un peu plus fort (65-70 dB). Le bruit de fond monte encore. On parle encore plus fort. En milieu de matinée, le niveau global peut atteindre 65-70 dB — un niveau qui rend le travail de concentration pratiquement impossible.
L'intelligibilité de la parole : le vrai problème
Ce qui rend le bruit de l'open space particulièrement perturbant, ce n'est pas seulement son volume. C'est le fait que le cerveau comprend les mots.
Le cortex auditif humain est programmé pour traiter la parole en priorité (Cooke et al., 2001). Quand une conversation est intelligible — même à faible volume —, le cerveau l'analyse automatiquement. Cela consomme des ressources cognitives et détourne l'attention de la tâche en cours. C'est pourquoi un bruit de ventilation à 55 dB est moins perturbant qu'une conversation claire à 45 dB.
L'objectif des solutions acoustiques n'est donc pas simplement de baisser le volume, mais de rendre la parole inintelligible au-delà d'une certaine distance. Les solutions qui réduisent l'intelligibilité (masquage sonore, absorption, barrières physiques) sont plus efficaces que celles qui baissent simplement le volume global.
Les bruits d'équipements
Au-delà des voix, les équipements techniques contribuent au bruit de fond permanent :
- Climatisation / ventilation : 40-50 dB(A) selon l'état et le réglage. C'est souvent la première source de bruit de fond. Un système mal entretenu peut devenir très gênant.
- Imprimantes et copieurs : 50-65 dB(A) en fonctionnement. L'impact dépend de leur emplacement et de la fréquence d'utilisation.
- Sonneries de téléphone : brèves mais très perturbantes car imprévisibles et à spectre aigu.
- Claviers mécaniques : 45-55 dB(A). Anecdotique individuellement mais cumulé sur 20 postes, ça s'entend.
- Machines à café, fontaines à eau : zones de socialisation qui concentrent les conversations.
La densité d'occupation
La tendance au « densification » des bureaux — passer de 15 m² par poste à 8-10 m² — amplifie mécaniquement le problème. Plus les postes sont proches, plus chaque conversation est audible, et plus le nombre de sources sonores par m² est élevé.
Une étude de l'INRS montre que le bruit perçu augmente de façon non linéaire avec la densité : passer de 10 à 8 m²/poste augmente la gêne de 30 %, et passer de 8 à 6 m²/poste l'augmente de 50 % supplémentaires. En dessous de 8 m²/poste sans traitement acoustique, le confort est très difficile à maintenir.
Que faire concrètement ?
La bonne nouvelle : chaque cause identifiée a des solutions connues et éprouvées. Le bruit en open space n'est pas une fatalité. Voici les leviers principaux :
- Contre la réverbération : traiter le plafond avec des dalles absorbantes, ajouter des panneaux muraux. Voir notre guide des panneaux acoustiques.
- Contre la propagation : installer des cloisons et séparateurs entre postes. Voir le guide des cloisons acoustiques.
- Contre l'effet Lombard : créer des zones dédiées aux appels (cabines acoustiques) et des règles d'usage.
- Contre le bruit d'équipements : isoler les machines, entretenir la climatisation, éloigner les zones bruyantes.
Pour une vue d'ensemble de toutes les solutions, consultez notre guide complet : réduire le bruit en open space.
Questions fréquentes
Le niveau de bruit moyen se situe entre 55 et 70 dB(A), selon l'heure, le nombre d'occupants et l'aménagement. C'est 10 à 25 dB au-dessus du seuil de confort recommandé (45 dB) pour un travail intellectuel.
L'effet Lombard est le réflexe naturel qui pousse chaque personne à élever la voix quand le bruit ambiant augmente. En open space, cela crée un cercle vicieux : plus le bruit de fond est fort, plus les gens parlent fort, ce qui augmente encore le bruit de fond.
Le cerveau humain est câblé pour traiter la parole en priorité. Une conversation intelligible, même à faible volume, mobilise automatiquement les ressources cognitives. C'est pourquoi une discussion claire à 45 dB est plus perturbante qu'un bruit de ventilation à 50 dB.
Les matériaux durs et lisses amplifient le bruit par réflexion : béton, verre, métal, carrelage, mélaminé, plâtre lisse. Plus ces surfaces sont présentes, plus le temps de réverbération est long et plus le bruit ambiant est élevé.
Pas nécessairement. Un petit open space concentre les sources sonores sur un espace réduit, ce qui peut rendre le bruit plus intense. En revanche, un petit volume est plus facile et moins coûteux à traiter acoustiquement.